Les émotions Souterraines

29 03 2010

les heures souterraines

Critique du roman de Delphine de Vigan « Les heures souterraines » éditions JC Lattès

Ce livre aurait pu s’intituler « Les heures sombres » ou « L’usure du temps ». A travers une écriture simple, concise et contemporaine, Delphine de Vigan (prix des libraires 2008) trace le parcours d’un homme et d’une femme à un moment clé de leur vie.

Deux solitudes, deux caractères bien trempés dont la force de la volonté s’use contre la répétition du temps et les blessures qui s’accumulent.

Avec un réalisme serein mais inexorable, ce roman décrit les trajectoires qui s’entrecroisent au milieu d’une violence impalpable et féroce,  comme un puzzle superposé qui se recrée par petites touches.

Se côtoient sans concession le drame du harcèlement moral en entreprise,  le vide de la séparation, le désenchantement  du  manque d’amour, la vie furieuse et grouillante de la ville, aussi bien sur l’asphalte qu’au fond de ses entrailles.

Les âmes sont mises à nu et dépouillées de leurs artifices, jusqu’à se sentir dépassées par ce mouvement dont elles sont en train de se dissocier.

Delphine de Vigan nous invite à aller à l’essentiel. Une plongée dans la partie la plus profonde de nos sentiments, dans un espace ou la force de l’individualité se dispute avec l’envie d’aller  vers les autres. Elle nous incite à plus d’indulgence et de compréhension à travers les rencontres impersonnelles et fortuites dans le tumulte de la ville.

J’ai aimé le clin d’œil au paranormal qui vient s’infiltrer en filigrane au milieu des évènements. La voyante qui indique une date au cours d’un rêve, la carte de visite du marabout, glissée sur le pare-brise de la voiture, la carte du jeu de rôle « le défenseur de l’aube d’argent », les réactions humaines et si compréhensibles qui négocient avec l’invisible.

J’ai aimé la vérité de ces trajets sous la ville avec la description étonnante des règles tacites de comportement et l’univers impitoyable des transports en communs.

J’ai aimé cette intensité des sentiments alors que les gestes sont si normaux dans une réalité qui a l’air terriblement banale.  J’ai aimé la lente confrontation des personnages à la réalité. Cette histoire nous projette dans un univers filmographique tout en finesse et de désespoir où le casting idéal se partagerait entre une Isabelle Huppert poignante en cadre déchue, un Jean Dujardin tyrannique et infâme, un Daniel Auteuil amoureux résigné et une Charlotte Gainsbourg évanescente et inaccessible. A lire absolument. www.angelique.fr








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